Taobao, qu’est-ce que c’est ?

En arrivant à Wuhan (ou plus largement en Chine), vous allez rapidement entendre ce mot. TAOBAO… Taobao, synonyme de caverne aux merveilles, est souvent la réponse à la question : « tu l’as trouvé où ton truc ? ». Son nom en chinois 淘宝网 (Táo bǎo wǎng) signifie littéralement « trouver quelque chose de précieux ». Il s’agit du site Internet marchand le plus puissant de Chine et probablement du monde.

Pour la petite histoire, en 1999, est créé le site Alibaba, plateforme BtoB destinée à relier les entreprises marchandes entre elles. Succès immédiat qui permet au site de se développer en externe (rachat d’autres sites, comme Sina Weibo, l’équivalent de Twitter dont il possède aujourd’hui 30%) et en interne par la création du célèbre Taobao en 2003. Taobao permet désormais aux utilisateurs de vendre et d’acheter entre eux, comme le propose EBay. Sa simplicité d’utilisation, l’absence de commission (le business modèle est plus axé sur la publicité et les propositions de services), l’abondance de marchandises, etc. ont emballé immédiatement les chinois. Actuellement, l’hégémonique Taobao représente 94% du marché CtoC, selon iResearch et a généré 484 millions de dollars de bénéfices en 2012. Il est le 14ème site le plus consulté au monde !

Quelques chiffres impressionnants :

Depuis sa création en 1999, la valeur marchande de la société – qui met en présence acheteurs potentiels et fabricants chinois en se rémunérant en ligne sur chaque transaction – est passée de quelques milliards de $ à 168 Mds aujourd’hui. En 2013, la valeur totale des articles vendus par le truchement d’Alibaba et de ses sites affiliés dépassait 248 Mds de $ (plus que e.Bay et Amazon réunis), tandis qu’au cours des trois derniers mois de l’année, 20% des achats étaient effectués par téléphone portable. En 2013, Taobao et Tmall.com, les deux sites de vente en ligne du groupe ont été à l’origine de 60% du trafic de toute la poste chinoise. (Source)

 

Si on doit tenter de trouver un équivalent dans les sites auxquels nous sommes habitués, on pense à Ebay. Comme sur le site américain, Taobao propose en effet les marchandises de centaines de milliers de cyber-boutiques. D’ailleurs Ebay a tenté de s’installer en Chine à cause justement de cette ressemblance et des espoirs financiers qu’elle engendrait ! Nous y reviendrons plus bas.

En 2011, Taobao comptait près de 500 millions d’utilisateurs enregistrés, générant un trafic fabuleux (plus de 60 millions de visiteurs régulier par JOUR)… A cette époque, il y avait plus de 800 millions d’articles en ligne dont 48 000 vendus par minute en moyenne. Il générait alors 2,7 millions emplois locaux ! Pourtant ce site était encore loin de toucher ses limites et a continué son développement de manière exponentielle. Si le nombre d’acheteurs est plus important qu’aux États-Unis, son taux de pénétration reste relativement faible (14 % contre 54 % aux USA en 2011). Son potentiel semble donc encore énorme.

 

Le site est divisé en trois unités : Taobao Marketplace pour les services C2C (l’équivalent de EBay), Taobao Mall (Tmall), un portail marchand pour les services B2C, réputé plus professionnel (et plus cher) et un moteur de recherche marchand Etao pour les recherches de produits. Souvent on passe de Taobao à Tmall sans rien demander. Mais c’est plus rare de tomber par hasard sur Etao !

logos TaobaoVous l’avez compris, Taobao, c’est THE PLACE TO BE pour faire des bonnes affaires, sans bouger de son canapé. En tant qu’expatriés, c’est souvent là-bas que vous trouverez votre bonheur : des habits à votre taille, de la nourriture française, des fournitures pas chères, de l’ameublement, des jouets, des produits hightech, des affaires qui ressemblent comme des vraies à celles des marques de Luxe… Taobao s’est lancé activement dans la chasse à la contrefaçon, mais il reste encore de nombreuses boutiques qui proposent des faux Desigual, Catimini, Chanel et autre Levis…

Ce qu’apprécient les chinois (et nous par la même occasion) sur Taobao :

– La sécurité : la crainte première des chinois concerne la fiabilité et la sécurité de paiement. Or ici, tout est archi sécurisé. Déjà, vous pouvez payer en ligne sur le site, qui ne versera l’argent au vendeur qu’une fois la marchandise réceptionnée. En cas de conflit donc, on peut facilement récupérer notre argent. De plus, il est possible de ne payer qu’à la livraison des produits.
La mise en ligne d’avis de consommateurs ainsi qu’un système de notation des vendeurs (comme des clients) augmentent encore le capital confiance du site. En tant que client, on va préférer acheter dans une boutique affiche 5 diamants rutilants plutôt qu’un simple cœur (voir tableau plus bas).

– Le choix : avec Taobao, on ouvre le champ des possibles, le choix est beaucoup plus large, la concurrence féroce. Tout ceci bénéficie aux consommateurs. La concurrence est telle que les chinois n’hésitent pas à négocier les prix affichés ou le coût de la livraison.

– Proximité : les acheteurs chinois aiment être pris en considération et recherchent une relation de confiance. La possibilité d’échanger en temps réel de manière presque continue est un atout de charme évident ainsi qu’un excellent outil marketing. Quand on connait l’immense succès des réseaux sociaux en Chine, on comprend pourquoi Taobao est également devenue une plateforme d’échange et de mise en relation entre les vendeurs, les clients… et les produits !

 

tableau grade Taobao

Explications des différents grades de Taobao :
Cœur rouge : 4 – 250 points.
Diamant bleu : 251 – 10 000 points.
Couronne bleue : 10 001 – 500 000 points.
Couronne dorée : plus de 500 000 points.
– Chaque nouvelle évaluation positive donne 1 point au vendeur. 
– Chaque évaluation négative lui enlève un point.

 

Ce qui est pénible pour nous, les non chinois :

– Problème de la langue : Taobao visant essentiellement les chinois, le site est donc complètement écrit en Hanzi. Forcément, ça pose un petit problème de communication si on ne maitrise pas un petit peu les caractères chinois… L’astuce la plus simple est d’utiliser Google Chrome qui propose un service de traduction automatique. Certes, ça ne fonctionne pas toujours très bien, mais au début, ça peut aider pour se repérer.
Toutefois, si vous devez communiquer avec un vendeur ne parlant pas anglais (un vendeur quoi ^^), il va falloir appeler Google translate au secours. C’est parfois nécessaire quand vous avez besoin de précision sur un article qui vous intéresse ou si vous devez préciser une taille ou une couleur pour valider votre panier. N’hésitez pas non plus à demander de l’aide à votre ayi ou aux personnes du property. Certaines traductrices sont parfois enclines à filer un coup de main.

– Problème du paiement : là encore, Taobao s’adresse essentiellement aux chinois, par conséquent, il utilise des systèmes de paiement internes et ne reconnait pas des services bancaires comme Paybal, Western Union ou Webmoney. La Chine possède sa propre carte de crédit, totalement incompatible avec la Visa. Ici, on utilise Alipay, qui est la même chose que Paypal. Mais comme sinon ce n’est pas drôle, il est impossible pour un étranger de s’enregistrer sur Alipay (ou tout du moins très difficile). D’ailleurs, dans le même esprit, les envois à l’international sont refusés. Il faut forcément passer par un intermédiaire vivant en Chine. Les expatriés peuvent néanmoins parvenir à s’inscrire sur Alipay ou via leur compte bancaire, à condition de montrer patte blanche. Le mieux reste encore de se faire aider par un chinois pour l’étape de l’enregistrement des coordonnées bancaires.

D’autres articles sur le site suivront pour aider à l’utilisation de Taobao.

Liens utiles pour s’inscrire :

Guide d’inscription pour étranger (en anglais)
Comment s’enregistrer sur Alipay (en français)
Taobao Field Guide (en anglais)

 

Leçon d’humilité : comment EBay a raté son entrée en Chine…

Avec de tels chiffres, nombreux sont les malins qui ont voulu surfer sur la vague chinoise et profiter du vent dans le dos de Taobao. EBay a été rapidement sur le coup, dès 2002, négligeant la condition sinequanone d’une entrée réussie sur le marché chinois : humilité et connaissance pointue des modes de consommation locale.

Première erreur ? Les dirigeants d’eBay ont misé sur la notoriété de leur marque et n’ont pas estimé nécessaire d’adapter leur message et leurs produits au marché chinois. Ils n’ont pas chercher à répondre aux besoins spécifiques de leur cible. Ainsi, EBay a voulu conserver son célèbre système d’enchères en ligne, qui prive de toute relation le client potentiel avec le vendeur. Taobao, lui,  a instauré des prix fixes, singularisant ainsi les relations acheteurs-vendeurs. Taobao a été encore plus loin en permettant la communication directe entre le consommateur et le vendeur par le logiciel ALiWangWang, ce qui est largement apprécié par les consommateurs chinois pouvant ainsi construire très facilement une véritable relation avec le vendeur lors de l’achat.

Deuxième erreur ? Sous-estimer la riposte des entrepreneurs locaux… Ces derniers, forts de leur connaissance de leur marché, ont actionné leur réseau, misé sur les canaux publicitaires adaptés (au moment où EBay perdait un budget colossal dans des outils non efficaces) et développé leurs offres. Leur réactivité les a empêché de se faire distancer. EBay n’a jamais su apporter de la valeur à ce qu’il proposait aux consommateurs chinois.

En 2006, eBay annonce officiellement son échec et décide de racheter un acteur local pour l’aider à s’implanter. Depuis, le géant américain n’a toujours pas percé en Chine.

 

 

Bon Taobao à tous !

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